Luttez contre les maladies chroniques grâce au sport

"Un chiffre permet de résumer beaucoup de choses : 70% de nos patients ne savent ni faire du vélo, ni nager." © Maridav / shutterstock.com

L’activité physique est une façon innovante, peu coûteuse et valorisante de lutter contre les maladies chroniques. Depuis novembre 2012, Strasbourg prescrit le sport sur ordonnance, comme un médicament. Suivant son exemple, une trentaine de villes françaises viennent de s’engager dans la voie prometteuse du sport-santé. Explications avec le docteur Alexandre Feltz, Adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé, responsable du dispositif « sport-santé sur ordonnance » de la ville, et du réseau national de villes sport-santé.

Strasbourg est la pionnière mondiale en matière de sport-santé sur ordonnance. Pourquoi avoir lancé une telle politique ? De nombreuses études attestent du bienfait de l’activité physique avec une efficacité comparable ou supérieure à celle d’un médicament pour traiter les maladies chroniques ainsi que réduire la mortalité. Nous voulons donner cette possibilité à tous, notamment aux sédentaires, d’autant plus nombreux dans les catégories sociales défavorisées. Un chiffre permet de résumer beaucoup de choses : 70% de nos patients ne savent ni faire du vélo, ni nager.

Quelle organisation avez-vous mis en place ?

Un patient souffrant de maladies chroniques (obésité, diabète non insulinodépendant, maladie cardiovasculaire stabilisée, hypertension artérielle, cancer du sein ou du colon en rémission depuis 6 mois) peut se voir prescrire une ordonnance de sport-santé par son médecin généraliste.
Un éducateur médicosportif l’oriente alors vers l’activité qui lui convient le mieux. On prend en compte les recommandations médicales, sa sédentarité et ses habitudes. Il assure ensuite le suivi au bout d’1 mois, 6 mois et jusqu’à 3 ans. Il y a toujours deux activités dont une plus tonique, en général collective mais modérée, adaptée au sport-santé. La ville de Strasbourg met aussi à disposition 200 Velhop (vélos en libre-service). Nous avons créé une tarification solidaire : gratuité pendant 1 an, puis de 20 à 100 € par an selon les revenus des patients. Le coût total est de 200 à 250 € par an et par usager, financé par la ville, les agences d’état de santé et de sport et le système assurantiel.

Quelles sont les premiers constats ?

Plus de 180 médecins généralistes participent et 1200 bénéficiaires profitent du dispositif, notamment pour des problèmes d’obésité et d’hypertension, la médiane d’âge étant de 52 ans. L’adhésion est très forte des deux côtés. On constate un double gain pour les patients, très fiers de leurs résultats. Le gain est sanitaire, surtout pour le diabète où la consommation de médicaments peut être diminuée en quelques semaines (quelques mois pour l’hypertension), mais aussi social car les personnes regagnent en autonomie, se déplacent en ville, retrouvent une sociabilité, parfois du travail. Plus largement, nous avons la satisfaction de voir notre initiative locale devenir nationale. En effet, la prescription médicale d’activité physique est désormais inscrite dans la loi de modernisation de notre système de santé, votée en décembre dernier. Et le 15 octobre dernier, avec 29 collectivités*, nous avons créé le réseau français des villes sport-santé sur ordonnance. Pour transformer l’essai, il faut accompagner les initiatives, mieux définir les bonnes pratiques, mobiliser les fédérations sportives pour créer ce volet sport-santé. C’est une révolution culturelle et une nouvelle médecine à mettre en place.

* Angers, Amiens, Aix-les-Bains, Aubervilliers, Biarritz, Blagnac, Boulogne-sur-Mer, Bourgoin-Jallieu, Cabriès, Cavalaire-sur-Mer, Château-Thierry, Coudekerque-Branche, Douai, Gif-sur-Yvette, Illkirch-Graffenstaden, Le Grand Nancy, Marseille, Mont-de-Marsan, Mulhouse, Nantes, Narbonne, Nice, Paris, Reims, Rennes, Saint-Paul de la Réunion, Strasbourg, Valence, Villeurbanne.

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