La pervenche tropicale, une plante aux molécules anticancéreuses

Les 2 premières molécules tirées de la pervenche ont été découvertes dans les années 1950.
Les 2 premières molécules tirées de la pervenche ont été découvertes dans les années 1950. © Laboratoires Pierre Fabre

Le saviez-vous ? La pervenche tropicale, cultivée à Madagascar, est une formidable source de molécules anticancéreuses. Grâce à une coopération unique avec 2 équipes du CNRS, les Laboratoires Pierre Fabre ont mis sur le marché 2 médicaments majeurs : l’un contre les cancers du poumon (1989) puis du sein (1991) et l’autre contre le cancer de la vessie (2009).

« 62 % des molécules anticancéreuses lancées entre 1981 et 2010 étaient d’origine naturelle, issues, dérivées ou inspirées de plantes, animaux ou micro organismes. Mais la pervenche tropicale est la seule plante à avoir fourni 4 molécules anticancéreuses, » indique Yves Barbin, directeur du pôle actifs végétaux des Laboratoires Pierre Fabre.

Véritable mine d’alcaloïdes, cette famille de molécules a une activité pharmacologique et une toxicité aiguë. Les 2 premières molécules tirées de la pervenche ont été découvertes dans les années 1950 et exploitées par le groupe pharmaceutique Eli Lilly. A l’époque, il fallait 500 kilos de plantes pour produire 1 gramme de principe actif !

Plus d’un million de patients soignés à ce jour

Pierre Potier, chercheur à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles (ICSN) du CNRS, découvre alors une réaction chimique d’hémisynthèse. Cette découverte permet à son équipe de produire, à partir de 2 alcaloïdes isolés un composé très actif et en grande quantité.

Ce composé est breveté par le CNRS en 1978 et Pierre Potier cherche un industriel pour aller plus loin. « Sans succès, raconte Muriel Le Roux, historienne des sciences au CNRS[1]. Pierre Fabre parie sur cette découverte, et lance son entreprise dans l’oncologie ! » Une dizaine d’années plus tard, en 1989, le premier médicament des Laboratoires Pierre Fabre en oncologie est commercialisé. Aujourd’hui enregistré dans plus de 80 pays, il a déjà permis de soigner plus d’un million de personnes.

Un médicament disponible sous forme orale

« L’autre coup de génie de Pierre Fabre a été de construire une unité de production selon les normes américaines, les plus strictes de l’époque, désormais la règle ». Ainsi ce médicament sera le premier anticancéreux français autorisé aux Etats-Unis, en 1995. Le principe actif est extrait et fabriqué à Gaillac, le produit fini est fabriqué à Pau.

Dernière innovation en date, en 2001, le médicament est commercialisé sous forme orale au lieu des formes classiques sous perfusion : un confort d’administration majeur permettant au patient de se soigner à domicile.

En parallèle, en 1987, Pierre Fabre mise sur une autre démarche chimique, très originale, inédite en chimie médicinale, la chimie en milieu super acide sur laquelle travaille le laboratoire de synthèse et réactivité des substances naturelles (CNRS) du Pr Jacquesy à Poitiers. Ainsi, une 4e molécule anticancéreuse issue de la pervenche est produite : brevetée par Pierre Fabre et le CNRS en 1993, elle est autorisée depuis 2009 dans le cancer de la vessie. « La pervenche a probablement livré tous ses secrets », reconnait Yves Barbin. « Mais ces molécules se révéleront peut être efficaces contre de nouvelles cibles thérapeutiques, qui sait ? ».

[1] F. Guéritte, M. Le Roux, De la nature à la chimie, la Navelbine et le Taxotère, histoire de sciences, à paraître printemps 2016.
Muriel Le Roux, De la recherche fondamentale à l’industrie pharmaceutique, Histoire de la Navelbine et du Taxotère, un modèle d’innovation? À paraître 2017.

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